Quand la Russie la joue fine, l’armée Iranienne déploierait 10.000 hommes autour de Damas.

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L’armée russe installée autour de Latakia, envoie un message fort à toutes les parties impliquées dans le conflit syrien, à l’Iran en particulier. Il existe des rapports non confirmés, indiquant que l’armée russe se déploierait jusqu’à Homs, selon le Daily Mail.

Alors que les US et leurs alliés montrent une certaine préoccupation concernant cette « escalade » russe, les intentions de ces derniers manquent de clarté. Les US ont déclaré ouvertement leur souci sur des conséquences imprévues d’actions « parallèles » contre l’Etat Islamique, sans pour autant paraitre s’inquiéter davantage sur les effets de ce déploiement russe. Malgré la convergence de vues et les intérêts autour de la Syrie, la Russie et l’Iran ne se coordonnent pas au sol. Les décisions iraniennes conformément au déploiement russe peuvent avoir un impact profond sur la dynamique du conflit syrien qui pourrait s’intensifier. 

La présence de l’armée russe à Latakia n’est pas nouvelle. En effet, la Russie était déjà impliquée dans le conflit syrien dès le début de 2011. Jusqu’à présent, son action s’exerçait sous une forme intense de renseignements, qui allait bien au-delà de sa base syrienne de Tartus. Les services de renseignements russes sont déployés prêt des zones de conflits les plus importantes. Selon le Daily Telegraph, une de ces bases, dans les montagnes de Tel al Hara, dans le sud de la Syrie aurait été prise par des rebelles syriens en octobre 2014.

Bloomberg croit savoir qu’une base opérationnelle aérienne à Latakia, qui déploierait des MIG 31et des avions de combat SUKHOI SU 25 n’aurait d'importance que psychologique, pour l’instant. C’est un soutien moral pour les forces syriennes en difficulté et un avertissement sans ambages pour l’alliance rebelle dans le nord se situant à Idlib, dirigée par le Front al Nosra et la franchise de Al Qaida en Syrie. « L’armée de Conquête » menée par le Front al Nosra est remontée, par la prise de Idlib en mars dernier et plus récemment par la prise de l’importante base aérienne d’Abu al Duhur dans la même province. Grisé par ses victoires significatives, al Nosra et ses alliés sont prêts à inaugurer une offensive au cœur de la région alaouite de Latakia. 

Le déploiement russe à Latakia envoi le message d’une intervention potentielle, y compris des bombardements sur les positions de al Nosra, s’ils osaient avancer sur Latakia. 

Cependant, au-delà d’une possible et limitée intervention dans les régions de Latakia et Idlib, il est difficile d’évaluer un rôle plus élargi des forces russes. Mis à part les caractéristiques singulières des champs de batailles syriens, toute intervention russe, au-delà de Latakia et Idlib, spécialement si elle comporte des opérations au sol, devra faire face aux réalités de la guerre, à savoir de lourdes pertes.

Du côté politique, l’intervention russe, selon Washington et ses alliés, pourrait compliquer les tentatives d’amener les parties autour de la table de négociation. Cela dit, les US ne sont pas en position de revendiquer une position morale sur la question, étant donné leurs interventions en Syrie (soi-disant pour combattre l’EI) sont en fait destinés à augmenter les forces rebelles et affaiblir le gouvernement syrien. Une stratégie funeste qui submerge l’Europe de réfugiés, mais aussi de soldats d’Allah. 

L’Iran, a des difficulté à renouveler sa stratégie en Syrie, spécialement face aux pertes accrues du gouvernement et ses revers, non seulement à Idlib, mais plus crucialement dans et en dehors de Damas et ses régions frontalières avec le Liban. Les limites de la stratégie iranienne sont visibles, particulièrement pour  la bataille de Zabadani (nord-ouest de Damas), ou les alliés de l’Iran, les libanais du Hezbollah tentent depuis 2 mois de reprendre le contrôle stratégique des mains des rebelles. Zabadani se trouve sur la route cruciale d’approvisionnement qui mène au cœur de la région tenue par le Hezbollah, la vallée de la Bekaa au Liban. Ce sont des régions pour lesquelles les iraniens se battront bec et ongle. La forte dépendance de l’Iran au Hezbollah a mené l’organisation libanaise à un point de rupture en Syrie et montré ses limites au combat contre des ennemis déterminés comme al Nosra.

Simultanément engagé dans un processus de paix, l’Iran est consciente de la dynamique en vigueur de la guerre en Syrie, qui pourrait s’intensifier dans les prochains mois. Malgré son implication à tous les niveaux du conflit syrien, la contribution militaire de l’Iran reste assez modeste, menée par les forces des Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, qui ne représentent qu’une petite centaine d’hommes. Plusieurs douzaines de ces forces opérationnelles, inclue des cadres chevronnés furent tués sur les champs de batailles syriens depuis 2012. Les forces armées syriennes et ses milices alliés rencontrent une sévère crise de recrutement, tout en ayant peu de perspective de changer le cour de la guerre à court terme. L’Iran est désormais contrainte d’augmenter sa présence militaire de manière significative. Un tel déploiement sera inévitable, si les groupes rebelles autour de Damas deviennent une menace sérieuse pour le centre ville. La chute de Damas et l’éradication de l’Etat syrien, provoqueraient des pressions intolérables sur la région de Kalamoun et du cœur de celle alaouite de Latakia, que l’Iran ne peut se permettre de perdre. C’est la raison pour laquelle, l’Iran est en train de considérer d'envoyer jusqu’à 10.000 hommes autour de Damas. Les répercussions politiques et diplomatiques seront importantes, mais du point de vue iranien, les risques et les coûts sont tolérables aux vues des alternatives. En conclusion, l’escalade russe et l’acceptation à contre cœur de Washington de la situation, malgré ses bruyantes objections, livrent un prétexte pour un déploiement considérable de l’armée iranienne en Syrie. On se demande ou est la place de la France dans tout ça ? A quoi servent les gesticulations Hollande, si ce n’est pour se faire mousser auprès d’un public crédule, désinformé ou non informé, dans le but des présidentielles. 

Hildegard von Hessen am Rhein

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