1988: J’étais mêlée à ceux qui fuyaient le communisme.

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En Avril 1988, je me trouvais avec un ami chef d’entreprise Français à Rosslau devenu aujourd’hui Dessau, une petite ville du Land Sachen Anhalt, ou se trouvaient des industries mécaniques. Mon ami, dans ce secteur m’avait demandé de lui rendre service en interprétant les réunions qu’il avait prévues avec ses homologues de la RDA. Nous avions pris l’avion de Paris à Berlin, puis, je me souviens que nous avions pris le train pour Rosslau situé à une centaine de km de Berlin. Un train d’un autre âge, que l’on pouvait aisément désigner comme un « tortillard ». Sale. Répugnant. Nous traversions des paysages désolés, tout était grisaille, morne. Mon souvenir c’est estompé tant la laideur qui défilait sous nos yeux était criante.  L’industriel Allemand nous avait hébergé dans ce que l’on dira être le meilleur hôtel d’une ville en délabrement avancé. Je crois bien que c’est le voyage le plus disgracieux que j’ai dû faire dans ma vie. Il régnait une certaine nervosité dans l’air. Une atmosphère inhabituelle. Le personnel de l’hôtel était inattentif, les interlocuteurs Allemands de mon ami, n’avaient pas l’air d’avoir le cœur à l’ouvrage, outre avoir cet accent particulier issu du dialecte de ce Land, que j’avais du mal à comprendre,  au point de contraindre les interlocuteurs de faire un effort pour parler en « Hochdeutsch », cela signifie en « allemand pur ». Ce qui allait tant bien que mal, mais nous arrivions enfin à nous comprendre. 

A la fin de cette visite, l’industriel Allemand nous accompagna à la gare. Quelle ne fut pas notre surprise d’être pris dans tourbillon humain massif. Hommes, femmes, enfants, chargés de bagages se hâtaient dans les wagons, se poussaient, criaient : « Schnell, schnell, schnell ! » « Mach schon .. ! » Les wagons pleins à craquer, nous nous demandions si nous allions pouvoir nous mêmes pénétrer ce train. C’était un spectacle hallucinant de voir ces hordes humaines fuir quoi ? Nous ne le savions pas à ce moment là. Aucune information n’était parvenue à nous. Il n’y avait que de l’étonnement dans nos regards, rien d’autre. Nous étions emportés par le flot humain, dont l’objectif était Berlin à tout prix et vite. Nous étions contraints de rester debout. J’essayais de questionner quelques personnes. Méfiantes, elles voyaient que nous n’étions pas de chez eux. Elles détournaient la tête, refusant de me parler. Imaginez l’ambiance et surtout notre ignorance sur cette situation qui nous dépassait. Cela nous paraissait un exode !  

Ce n’est qu’à Paris, en allumant la télévision, que je vis les premières images de ces hordes humaines, dont les commentateurs disaient qu’ils étaient en train de fuir la RDA, que je pris conscience des choses. Je n’en revenais pas, d’avoir été confronté à ce flot humain de ceux qui fuyaient le communisme. J’en étais. Hébétée d’avoir été mêlée à eux, à l’histoire, sans le savoir. Un frisson me parcourut. Qu’allait-il se passer ? L’armée de la RDA, les fameux «  VOPO » (Volkspolizei) ne manqueront pas de tirer sur la foule ? Ca va être un carnage !  Pourtant, rien de tel ne s’est passé. Et puis, le 9 novembre 1989, l’incroyable se présentait à nos yeux, à la télévision. Des milliers de personnes déambulaient de Berlin Est à l’Ouest, sous les acclamations de ceux de l’Ouest, les cris de joie, les larmes de bonheur sur la plupart des visages, des êtres qui s’étreignaient sans se connaître. Je me souviens avoir été touchée profondément en tant qu’originaire de ce pays martyrisé par les totalitarismes nazis et communiste, suite à des sacrifices uniques dans l’histoire humaine. Je n’en croyais pas mes yeux, et n’arrivais pas non plus à réaliser que, sans le savoir, j’étais physiquement étroitement liées pour toujours à ces gens inconnus, les miens, dans le train Dessau-Berlin, ce fameux avril 1988. 

La conquête de la liberté représentait la perte pour presque chaque citoyen de la RDA de tous ses projets de vie. Chaque famille, vraiment, tout le monde, fut prit de plein fouet dans la chute du mur et ses conséquences. Pourtant, ce n’étaient que des problèmes quotidiens, existentiels qui se glissaient dans la vie des hommes. Cela allait de la perte de son travail, jusqu’aux augmentations excessives des loyers, aux factures exorbitantes de connexions à l’eau potable. Ce tournant était simultanément un bonheur, mais aussi un choc profond. Des millions d’êtres humains étaient livrés à la liberté, sans qu’ils ne sachent quoi en faire et, cela aurait put être fatal pour le pays. Bon sang ne saurait mentir, les Allemands, des deux côtés, se sont retroussé les manches pour que la réunification soit un succès. Cependant, il en reste encore des traces douloureuses. 

Alors, penser que les hordes migratoires islamisées pourront être traitées, comme la réunification d’un peuple homogène est une erreur fatale que l’Allemagne de 2015 est en train de commettre au détriment, non seulement de sa nation, mais de toute l’Europe.

Hildegard von Hessen am Rhein

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