Les intellectuels arabes islamocritiques sous les feux de la critique en France comme en Allemagne.

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Nous avons entendu sur Kamel Daoud, Boualem Sansal, connu des français parce qu'ils sont algériens de langue française. Ces algériens islamocritiques qui ne sont pas épargnés, ni par les gôchistes-internationalistes-antisémites, ni par des collectifs de soi-disant "intellectuels" toujours extrêmes-gôchistes-internationalistes réunis en "collectif" pour répendre leur fiel sur Kamel Daoud dans le Monde, toujours prompt quant à lui, à manifester son islamocollaborationnisme. Et l'on entend plus parler de Boualem Sansal depuis la parution de son ouvrage remarquable "2084". J'ajouterai sur le chapitre français, que je suis déçue de Kamel Daoud aurait rendu les armes face aux attaques dont il est l'objet. 

Il en va heureusement autrement de célébrités mondiales arabes qui elles, ne s'en laissent pas compter. Daoud serait-il atteind du syndrome français de la lâcheté ?  Ces célébrités dont est l'écrivain-géopolitologue islamo critique germano-égyptien Hamad Abdel Samad, fils d'Iman du Caire, que j'ai interviewé pour Dreuz info, en lien. 

Adonis est considéré comme le poète majeur en langue arabe. Cependant, depuis qu’il a reçu le prestigieux prix de la paix Erich-Maria Remarque de la ville de Osnabrück, ce natif de Syrie se trouve sous le feu des critiques les plus hystériques en Allemagne. Des intellectuels arabes le conspuent pour ses positions sur le « printemps arabe » et sur le régime de Bachar. Le journaliste, Navid Kermani bannière en avant. Il me rappelle Anie Ernaud, (Annie Anus comme l'appelle Millet) qui partait en croisade contre Richard Millet.  Même le traducteur allemand d'Adonis, Stefan Weidner, estime le choix du jury malvenu, c'est dire la puissance du politiquement correct également en Allemagne.  

La remise de ce prix prestigieux qui devait être décerné en novembre dernier a dû être repoussé jusqu’à vendredi dernier. Adonis, de son vrai nom Ali Ahmad Said Esber, vit depuis plus de 30 ans en exil à Paris. L’homme de 86 ans, reçoit le quotidien allemand DIE WELT dans son petit appartement situé au neuvième étage d’un immeuble à Paris et dont je vous traduis l'interview éloquent et courageux parfois les questions sont carrément imbéciles et révélatrices de la médiocrité du journaliste. Mais il en ressort qu'Adonis a un sacré courage à être tout simplement ce qu'il est. Qu'il soit ici félicité et je recommande à Kamel Daoud d'en prendre de la graine. 

Hildegard von Hessen am Rhein

 

Adonis, depuis qu’il a reçu le prix de la paix Erich-Maria Remarque de la ville de Osnabrück, ce natif de Syrie se trouve sous le feu des critiques les plus hystériques. Des intellectuels arabes le conspuent pour ses positions sur le « printemps arabe » et sur le régime de Bachar. Le journaliste, Navid Kermani, se refuse à joindre le concert laudatif. Même son traducteur allemand, Stefan Weidner, estime le choix du jury pour mauvais. La remise de ce prix prestigieux qui devait être décerné en novembre dernier a dû être repoussé jusqu’à vendredi dernier. Adonis, de son vrai nom Ali Ahmad Said Esber, vit depuis plus de 30 ans en exil à Paris. L’homme de 86 ans, nous reçoit dans son petit appartement situé au neuvième étage d’un immeuble à Paris.

 

Die Welt : Adonis, suite à cette polémique, vous auriez put refuser ce prix Erich-Maria Remarque. Pensez-vous avoir mérité ce prix ? 

Adonis : Personnellement, je ne mérite rien, seulement la poésie. Je n’ai cependant pas l’intention de me défendre. Je retiendrai seulement que la critique en dit long sur la mentalité de mes détracteurs.

Die Welt : Ce sont majoritairement des intellectuels arabes et syriens qui vous critiquent.

Adonis : Cette polémique ne m’intéresse pas, car j’estime que ce débat n’est pas digne d’un intellectuel.

Die Welt : Que répondez-vous au reproche principal qui vous est fait, ne pas avoir condamné plus fermement le régime syrien ?

Adonis : Ceci est un mensonge et la preuve que mes détracteurs n’ont pas lu mes derniers livres. (comme pour Richard Millet et son "Eloge de Breivik" que personne n'avait lu)

Die Welt : Que diriez vous à Sadik Al Azm, Najem Wali et Navid Kermani s’ils étaient en face de vous ?

Adonis : Que ce n’est pas digne de Kermani de se faire l’écho des menteurs. Il ne comprend rien car il ne m’a pas lu.

Die Welt : C’est surtout votre lettre ouverte à Assad qui a provoqué le rejet, car vous le qualifiez de « Président élu ». Ceci était en 2011. Que lui écririez vous aujourd’hui ?

Adonis : Exactement la même chose. Qu’il doit démissionner. Mais j’ai aussi écris une seconde lettre adressée aux révolutionnaires. Je leur ai demandé qu’elle était leur vision. Cependant, ils refusent de lire car ils ne sont pas indépendants.

Die Welt : De qui sont-ils dépendants ?

Adonis : Des américains, des saoudiens, des qataris et d’une certaine politique européenne.

Die Welt : Vous dites que la société arabe est malade. Quel est votre diagnostic ?

Adonis : Elle se construit sur un système totalitaire. La religion dicte tout, comment marcher, comment aller aux toilettes, comment l’on doit s’aimer ...

Die Welt : Un islam moderne n’est donc pas possible ?

Adonis : On ne peut pas réformer la religion. Si l’on devait la réformer, l’on se sépare d’elle. C’est la raison pour laquelle un islam moderne n’est pas possible. Des musulmans modernes peut-être. S’il n’y a pas séparation entre la religion et l’Etat, il n’y a pas de démocratie, pas d’égalité entre femmes et hommes. A la fin, nous gardons un système théocratique. L’occident contribue à la construction du système théocratique au Moyen Orient.

Die Welt : Ceci est votre argument habituel, qu’après Assad il y aura pire. Estimez vous que les développements en Syrie actuellement viennent vous confirmer ? 

Adonis: Assad n’est qu’un détail. Ce qui m’intéresse est le monde arabe dans son intégralité. Pourquoi l’occident s’exprime si peu sur l’Arabie Saoudite ? Est-ce une démocratie ? Un intellectuel doit se tenir à l’écart de toute propagande politique et avoir une vision au-delà.

Die Welt: Prochainement, le livre d’un photographe de police syrien, Cesar, sur les tortures du régime Assad va paraître en Allemagne. Ses photos font penser aux horreurs des nazis ou des khmers rouges. Que ressentez vous en tant que syrien face à ce témoignage sur la barbarie ?

Adonis: Elles me font penser à Guantànamo, aux atrocités perpétrées par les USA, le pays de la civilisation, du progrès de la technologie.

Die Welt: Voulez-vous vraiment comparer les tortures de Assad avec Guantànamo ?

Adonis: Je suis contre Assad, mais suis aussi contre Guantànamo. Pour mieux combattre les deux, il faut les garder tous deux à l’oeil. Que Assad torture, cela nous le savons depuis 50 ans. L’occident s’est malgré tout allié à lui. Pourquoi parle-t-il de ça seulement aujourd’hui ?

Die Welt: Désigneriez vous Assad aujourd’hui comme un criminel ?

Adonis: Ce sont tous des criminels.

Die Welt: Là, vous bottez en touche ...

Adonis: Dans cette religion mondiale, ils sont tous criminels. Personne n’est arrivé au pouvoir par des élections libres. Pour moi ni le régime, ni ses adversaires ne se prennent quoi que ce soit.

Die Welt: Le régime Assad en tant qu’appareil d’Etat a oppressé des gens et torturé. Et vous mettez tout cela sur le même niveau ?

Adonis: Cela fait longtemps que je suis un adversaire d’Assas. Lorsque je le critiquais, ceux qui me critiquent aujourd’hui étaient encore des fonctionnaires de son régime. Le régime Assad a transformé le pays en vaste prison. Cependant, ses ennemis, ces soi-disant révolutionnaires, commettent des crimes de masse, décapitent les gens, vendent des femmes dans des cages comme de la vulgaire marchandise et balayent d’un coup de pied la dignité humaine. 

Die Walt: Pourquoi mettez vous les terroristes de l’EI au même niveau que les adversaires du régime ?

Adonis: Parce qu’ils ont rendu tout cela possible, parce qu’ils n’ont pas dit non.

Die Walt: Comment auriez-vous put faire ?

Adonis: Par une pétition. Le peuple arabe aurait dû dire non d’une seule voix. C’est une honte !

Die Walt: Vous n’y allez pas de main morte ave le monde arabe. Ajouté que vous êtes un critique virulent de l’islam. Est-ce cela que l’on vous reproche ?

Adonis: Je suis une sorte de bouc émissaire. Je critique la culture arabe et les politiciens arabes depuis 1975, tout ce que je peux dire est que les arabes sont au bout.

Die Walt: Ce qui signifie ?

Adonis: Je veux dire que les arabes n’ont aucun pouvoir créatif. L’islam ne contribue à aucune vie intellectuelle, il ne provoque pas de réelle discussion, aucune impulsion. Il n’apporte aucune pensée, aucun art, aucune science, plus aucune vision qui pourrait changer le monde. C’est le signe de sa fin. En quantité, les arabes existeront toujours, mais ils ne contribueront pas qualitativement à l’amélioration du monde et des hommes.

Die Walt: Quel triste constat sortant de la bouche d’un homme considéré comme le plus célèbre des poètes en langue arabe.

Adonis: Elle a besoin d’une rupture, d’un nouvel élan. J’avais espéré que le printemps arabe serait cela, mais je me suis trompé. Cela n’a mené qu’à la régression, car ils n’ont pas voulu changer la société, mais simplement voulu changer de pouvoir.

Die Welt: C’était un mouvement qui appelait à la liberté ...

Adonis: Quelle liberté ? La libération de la femme et son traitement égal peut-être ?

Die Welt: Mais, est-ce que la liberté d’expression n’est pas un bon début ?

Adonis: C’est la libération de l’être humain qui est l’essentiel. Libérer la femme de la charria et de rendre les droits humains aux hommes, c’est de cela qu’il s’agit. Changer la société aurait exigé de changer les fondamentaux culturels et religieux.

Die Welt: Des enfants et des adolescents sont descendus dans la rue pour exiger une nouvelle vie. Ils étaient innocents et ont été tués ...

Adonis: Oui, mais la révolution doit se faire en profondeur, être plus sage, plus visionnaire que le régime. Nous sommes tous d’accords que le régime doit être changé. Mais il faut aussi changer tout le système culturel, économique et politique. Avez vous entendu des condamnations officielles sur les atrocités perpétrées par l’EI ? Une exigence de la laïcité ? Non. C’est bien pour cela qu’il s’agit d’une trahison radicale de la révolution.

Die Welt: Vous exigez un effort intellectuel d’une société qui a un sentiment de désespoir et d’impuissance. Si Mohamed Bouazizi, le vendeur de légumes tunisien avait mit par écrit sa vision d’un nouvel ordre de la société arabe, il ne se serait pas immolé.

Adonis: Concernant le début, nous sommes tous d’accord. J’ai écria quatre articles sur Bouazizi. Mais qu’en est-il advenu quatre, cinq ans plus tard ? C’est de cela qu’il s’agit, de ce qui a été fait depuis. Le monde arabe est sur le chemin d’être détruit. D’abord l’Irak, la Libye, maintenant la Syrie et même ce pauvre Yemen. Tout cela n’a fait que renforcer l’appartenance à la religion.

Die Welt: N’est ce pas le monde arabe qui s’auto détruit ?

Adonis: Non. C’est l’occident avec la complicité des fondamentalistes arabes. Ce qui se passe au Moyen Orient ne peut-être compris que si l’on y inclut l’occident. Il ne s’est jamais impliqué pour les droits de l’homme et la démocratie. Il a même évincé Haytham Mann, un opposant syrien qui a toujours refusé la violence en le traitant comme une figure secondaire sans importance.

Die Welt: Assad vient de déclarer qu’il veut reconquérir toute la Syrie. Cela vous effraye-t-il ?

Adonis: Cela m’attriste. Mais, je ne suis pas un politicien, je suis un homme de culture, un poète.

Die Welt: Pour vous, l’islam est un frein essentiel à la démocratie. Ce qui signifie un affront pour tout croyant musulman ...

Adonis: Je me réjouie de constater que je suis un ennemi pour les religieux. Je suis un ennemi radical d’une culture et d’une religion institutionnalisée qui sont imposées à toute une société.

Die Welt: Avez-vous été menacé de mort ?

Adonis: Bien sûr, mais ça m’est égal. L’on doit pouvoir savoir risquer sa vie pour des engagements.

Die Welt: Vous vous êtes coupé des racines de votre culture arabe. Diriez-vous que c’est, parce que vous ne supportez pas ce qui est commit en votre nom et au nom de l’islam. Qui est Adonis aujourd’hui ? Toujours un syrien, un arabe, toujours un poète arabe, à part cela français ?

Adonis: Ma patrie est ma langue.

Die Welt: Vous ne croyez pas en Dieu, mais à la poésie. Quel est votre pouvoir et votre promesse ?

Adonis: La poésie nous relie à la nature. Une fleur n’a pas d’arme. Son odeur est son arme. La poésie est comme l’amour. Elle nous donne l’occasion de regarder le monde d’une autre façon.

Die Welt: Avez-vous parfois la tentation d’écrire en français ?

Adonis: Hélas où heureusement l’on ne possède qu’une langue maternelle. L’on peut avoir plusieurs pères. Mais la poésie est née de la langue maternelle. L’arabe est ma langue maternelle, c’est la peau, le sang, les artères. Je continuerai d’écrire en arabe.

Traduction: Hildegard von Hessen am Rhein

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