Barroso, au physique particulièrement repoussant ...

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Du complot
 

11/07/2016

 
 

Chronique n°70

 

Du complot

 

La littérature anti-complotiste étant aussi paranoïaque et abondante que la ferveur complotiste, il importe de ne pas oublier qu’elles ne s’annulent pas l’une l’autre, et que ce qui se décide pour nous a souvent lieu dans une zone où la voix humaine ne porte pas, révélant ainsi l’imposture démocratique. La presse a donc beau ironiser sur la nomination de José Manuel Barroso, ancien président de la Commission européenne, au rang de conseiller pour l’Europe de la banque Goldmann Sachs, de sinistre mémoire, on ne voit rien qui empêche cette prostitution de très haut niveau. « Il est clair que Goldmann Sachs compte sur les relais du Portugais pour maintenir, une fois que le Breixit sera mis en œuvre, sa capacité à traiter depuis Londres des opérations financières sur le continent. » lit-on dans L’Obs.

            Un complot ? La finance en est un, à elle seule, et permanent, autant par son caractère transnational que parce que le mécanisme des marchés financiers échappe à presque tout le monde, comme tout ce qui se situe au-delà de l’immédiateté existentielle : ainsi l’affaire Kerviel semble-t-elle surtout l’expression d’une fuite au sein du complot financier, et Kerviel, dont le peu d’intelligence est notable, un figurant dont le nom a pris l’épaisseur d’un récit à quoi un film vient de donner quelque vraisemblance, le cinéma étant ici le lieu d’une purification par surcroît de falsification. Quant à Barroso, au physique particulièrement repoussant, il rejoint Clinton, Blair, Bush, Schroeder, DSK, dans la politique d’après la politique, c’est-à-dire dans le conseil à grande échelle que le Spectacle met à la disposition des Etats en proie à une crise économique devenue un mode de gestion et même d’existence.

            Le complot ne se réduit cependant pas à ce que je ne comprends pas : il réside dans l’inversion permanente et opiniâtre des valeurs, autrement dit dans le mensonge d’Etat érigé en système de gouvernement : Blair a beau être inquiété, ces jours-ci, pour avoir sciemment donné dans le mensonge américain au sujet de l’Irak – mensonge dont les conséquences constituent un crime contre l’humanité – nul tribunal ne le jugera : la faute, de ce côté-là de l’exercice de la puissance, demeure un évènement du Spectacle, donc manipulable à l’infini dans le grand film médiatique.

       Ainsi le soupçon de tricherie pèse-t-il sur toutes les activités humaines, notamment le sport, qui a fait du dopage, sur le modèle politique, le vecteur d’un dévoiement général qu’on fait mine de combattre : le racket, les mafias sont indissociables des lobbies, « minorités », partisans de la légalisation du cannabis, après celle du mariage homosexuel, de l’avortement, de l’euthanasie, du clonage, de la transsexualité –  étapes vers un état de post-humanité où l’humain continue de se nier avec une ferveur proprement diabolique, sous couvert de progrès et de dépassement de soi – l’homme étant en réalité abusé par le marché des stupéfiants physiques et idéologiques, au premier rang desquels le sport, la télévision, la pornographie, les soviétiques taux de réussite au baccalauréat, les prix littéraires, les droits de l’homme, l’antiracisme, etc.

            Comment, par exemple, regarder le Tour de France en pensant qu’il s’agit d’une épopée moderne, et non d’un spectacle mettant en jeu tous les degrés de falsification médiatique? Même chose pour l’Euro 2016, où la France multiculturelle et fortement africanisée de Hollande vient d’être battue par une équipe lusitano-africaine : c’est surtout, sur un plan symbolique, l’accomplissement de l’insignifiance politique d’un chef d’Etat dont on a remarqué qu’il ne chantait pas la Marseillaise, dans la tribune du stade de France, et qui recevra les vaincus à déjeuner, à l’Elysée… Une défaite idéologique, donc, qui nous a heureusement épargné les couplets sur les vertus du grand mélange multiculturel dont on vient de voir à Dallas, aux USA, qu’il conduit à l’impasse – et au meurtre de masse, stupéfiant signe de modernité.

            La tricherie universelle, qui ouvre à la démoniaque prolifération des simulacres, a fini par atteindre le cœur même de l’homme, qui ne s’intéresse plus qu’à l’image qu’il produit et dont le but suprême est de fabriquer non plus sa perpétuation mais son immortalité individuelle – à quoi Google travaille activement, ce qui est bien le propre de sociétés faustiennes, qui ont tourné le dos à Dieu pour adorer un veau d’or dont le culte est un complot permanent, ou, pour parler comme Jean Paul II, une culture de mort.

 

Richard Millet

 

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