Millet n'a pas la forme, il pète la forme ...

Publié le par Copyright: toute reproduction des articles doit mentionner le nom de Hildegard von Hessen am Rhein.

Le Calife parle

 

04/08/2016

 
 

Chronique n°75

 

Le Calife parle

 

« Moi, Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, alias Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, naguère Abou Dou’a, depuis le 29 juin 2014, calife Ibrahim de l’Etat islamique en Irak et en Syrie, né à Fallouja en 1971, dans le clan des Badrik, si tant est que je ne sois le pseudonyme d’un collectif d’officiers renégats, il est temps que je confesse au monde que ne suis pas un des descendants directs de l’imam Ali Ibn Abi Taleb, encore moins un descendant du Prophète par la tribu des Qurash. Si je parle, aujourd’hui, c’est parce que l’Etat islamique est puissamment menacé. Il me faut donc révéler qu’Oussama ben Laden, m’a fait savoir, il y a quatre ans, dans le souffle puant de Satan, dont il est comme moi un suppôt, que le Paradis n’existe pas plus qu’Allah, et qu’il convient donc de le trouver sur terre, ce paradis, et sinon de le trouver, du moins de le créer… « Fume, bois, baise, baise le plus possible », m’a-t-il enjoint, en regrettant d’avoir fini ses jours dans sa popote pakistanaise, avec sa femme plus laide qu’une chèvre stérile, sans avoir pu connaître le vrai, le pur plaisir. Après ce chef-d’œuvre qu’était le 11 septembre, il ressemblait à un artiste à la retraite et ne savait plus que faire que son sexe… Nous autres, musulmans, nous baisons mal, en général, ou pas assez, et nos femmes s’en plaignent souvent aux chrétiens, par qui elles préfèrent se faire baiser, m’a dit un de mes soldats, un Libanais qui sait de quoi il parle. Ce à quoi m’exhortait le vieil Oussama, j’en rêvais, comme tout mâle qui se respecte, surtout en Orient, et qui sait que le Coran est, pour les hommes, très souple sur le chapitre du plaisir qu’on tire des femmes, ces outres à foutre. Si j’ai donc établi mon califat, il y a deux ans, ce n’est pas, comme le croient les imbéciles, croisés, sionistes, hérétiques, par volonté de rendre à la nation arabe, sous le signe de la sunna, une gloire qu’elle n’a plus depuis des siècles, elle qui ne serait plus rien sans le pétrole et les monarchies corrompues qui le gèrent avec les hérétiques d’Occident. Non, cet empire que j’ai établi avec l’aide de militaires apostats, d’enfants perdus, de cette chair à canon qu’on trouve partout pour quelques dollars et, bien sûr, qu’il soit loué ! de Satan, lequel, seul, pouvait m’accorder la grâce d’une victoire éclair, l’été 2014, pendant que l’Occident était en vacances, cet empire appelé à s’étendre au reste de la Syrie, au Liban, à l’entité sioniste, à l’Egypte et à la Lybie, est le paradis à l’ombre des épées.

        L’Occident semble toujours en vacances, d’ailleurs, et on semble s’y résigner aux attentats comme au réchauffement climatique, à l’immigration ou à la baisse des pensions de retraite… Mes conquêtes, je les ai consolidées par la terreur, en instituant la religion comme politique, comme l’ont appris ces chiens de Français, en 1793, et, plus tard, les mécréants Russes et les païens asiatiques, qui ont montré au monde la vraie nature de la démocratie. Le jeu mène le monde, et le peuple aime le sang, surtout quand il risque de perdre le sien. C’est pourquoi il doit couler, comme le sperme. Le sperme et le sang, voilà de quoi s’enivrer plus sûrement qu’avec le vin, contrairement à ce que chantait cet âne de Hafez de Chiraz – un chiite, il est vrai... Des Français, ou qu’on appelle tels, pour nos frères maghrébins nés sur cette terre maudite, comme pour les convertis, beaucoup ont rejoint le califat : il y a dans ce peuple un goût de la collaboration avec l’ennemi que nous exploitons à merveille. L’un d’eux m’a éclairé malgré lui : il avait sur lui des livres d’un certain marquis de Saad, La philosophie dans le diwan  et les Cent vingt journées de Mossoul, ce dernier livre puissamment abominable mais éclairant, puisqu’il décrit les joies de quatre grands raffinés reclus dans un château des Alpes pour satisfaire tous leurs désirs, y compris ceux qu’on prétend criminels. Le désir n’est nullement criminel, me souffle Satan. Mon épouse, Saja, ne m’ayant pas permis d’accéder à ce genre de félicité, j’ai fait comme Staline, Hitler, Mao, Pol Pot, Bush, Kagamé, et tant d’autres : je me suis reconverti dans le crime politique, quand elle m’a eu quitté pour s’enfuir au Liban. Ces livres, je m’en suis fait traduire des passages par le Français, avant d’envoyer ce dernier perdre sa tête sur la grand place de Raqqa. C’a été une révélation, après le message de Ben Laden : la vraie, le reste n’étant que de l’opium métaphysique. Je le révèle donc : l’Etat islamique n’est nullement ce qu’on croit et que je fais croire qu’il est : c’est une œuvre philanthropique ; un bordel ; un château de Silling ; le paradis sur terre, le Club Méditerranée à l’usage de ces nouveaux croyants qui meurent d’ennui en Europe et partout dans le monde, et qui veulent baiser librement, sans se soucier du consentement des femmes, et en ajoutant à leurs baisades le piment suprême du meurtre. Voilà pourquoi nous avons tant de succès et pourquoi j’ai violé avec tant de joie cette humanitaire américaine, Kayla Mueller, qui croyait en la bonté humaine, cette idiote, avant qu’elle ne meure dans un bombardement de l’aviation coalisée. Voilà pourquoi nous capturons, achetons, violons et tuons, quand nous sommes las d’elles, des chrétiennes, des yézidis, des kurdes, en regrettant de ne pouvoir violer des juives – mais l’entité sioniste semble pour le moment inexpugnable.

Le jeune Français, avant de mourir, m’a lancé que je viole parce que je suis laid, que je suis un inverti, que j’ai une petite bite, et que le califat n’est qu’une monstrueuse extension de ma bite vermiculaire. J’ai fait égorger tous ceux qui ont pu l’entendre. Qu’il soit maudit, ce chien qui a deviné la vérité sur moi, du moins la part obscure ! Il faut toujours se méfier des anciens étudiants en théologie – et même de tous les étudiants. Au moins les Mahgrébins incultes des banlieues européennes font-ils de meilleurs soldats. Les étudiants, eux, finissent toujours par comprendre qu’Allah n’est qu’un grand rut cosmique, et que la vérité est d’ordre sexuel : j’en veux aux judéo-catholiques de l’avoir compris avant nous, et au capitalisme protestant d’avoir, par l’industrie pornographique, soumis avant moi la société occidentale au Veau d’or érotique. Nous autres musulmans, ne sommes décidément que des suiveurs, et Raqqa et Mossoul sont moins glamour que Paris, New York et Londres pour la satisfaction immédiate de ce qui nous fouiaille les reins. C’est pourquoi les juifs et les chrétiens, et tous ceux qui prétendent à la lumière de la vérité, doivent mourir. Ils sont d’ailleurs si veules, et si soumis au dieu de la presse, à laquelle ils adressent leurs prières quotidiennes, qu’ils semblent déjà morts, incapables de se révolter contre nos frères musulmans, laissant détruire leurs églises, tandis que nos amis construisent des mosquées partout. Un pays comme la France, surtout, où l’on voit des prêtres traînés à terre par la police hors de leurs églises, et traités d’intégristes par la presse franc-maçonne, invertie et menteuse, comme si une religion pouvait être autre chose qu’intégriste, ce pays mérite bien de mourir. »

 

 

Richard Millet

 

Commenter cet article

brandenburg 04/08/2016 22:14

Cette vulgarité est basse!Malraux a plus sobrement dit "Le XXI° siècle sera un siècle de sexe et de sang".Inutile donc d'insister!

Copyright: toute reproduction des articles doit mentionner le nom de Hildegard von Hessen am Rhein. 04/08/2016 22:28

Et bien moi, je trouve le texte brillant, ironique, car dans la situation ou nous sommes, il nous faut de temps à autre ce genre de plume au vitriol. Je ne vois pas la comparaison avec Malraux et enfin, si je n'étais pas d'accord avec cette chronique, je ne la publierai pas. Vous avez en revanche le droit de ne pas l'apprécier.