Courroux de Richard Millet sur le silence des "pressetituées" du meurtre islamique de l'écrivain chrétien, jordanien, Nahed Hattar !

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L’assassinat de Nahed Hattar

28/09/2016

Chronique n°96

L’assassinat de Nahed Hattar

 Le meurtre de l’écrivain jordanien Nahed Hattar, abattu par un zombie islamique, dimanche, à Amman, alors qu’il se rendait au tribunal pour y répondre d’ « incitation à la dissension religieuse » (laquelle s’appelle « incitation à la haine raciale », dans l’ex-France où la pensée est devenue judiciarisée, et de façon toujours univoque), ce meurtre n’a pas suscité, chez nous ni dans le monde occidental, un intérêt qui dépassât le niveau habituel de l’« information » politico-cuturelle, si on me permet ce pléonasme. L’écrivain, qui avait déjà été inquiété en Jordanie au point de s’être exilé au Liban, avait publié sur son compte Facebook une caricature, dont il n’était pas l’auteur, et qui représente un répugnant djihadiste au lit avec deux bimbos et réclamant du vin à Mahomet ; manière de critiquer, selon Hattar, l’extension de l’islam politique à tous les domaines de la société arabe – critique qui est celle des intellectuels occidentaux qui ne se sont pas couchés devant l’islam en tant que fait accompli. Critique que certains, en France et au Danemark, ont eux aussi payé de leur vie.

            Si la mort de Nahed Hattar n’a donc pas suscité d’indignation, encore moins d’émotion semblable à celle qui a suivi l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, c’est pour plusieurs raisons : c’était un Arabe, qui plus est un Arabe chrétien, ce qui n’entre pas dans les cases du logiciel d’indignation spectaculaire ; et si Hattar défendait en Jordanie les droits des Palestiniens (qui constituent 70% de la population), il se présentait aussi comme un soutien de Bachar el Assad et de ses alliés, comme le sont bien des chrétiens et des gens appartenant aux minorités religieuses, dans l’océan sunnite du Proche-Orient. Voilà qui suffisait à le disqualifier aux yeux d’une intelligentsia occidentale qui hait avant tout le christianisme, surtout le catholicisme, malgré les efforts du pape François pour lui donner un visage politiquement correct, et qui, cette intelligentsia, méprise le christianisme oriental qui, vu d’Europe, semble aussi arriéré que la religion zoroastrienne des Yazidis ; quant au christianisme orthodoxe, il n’est pas moins suspect depuis que plane sur lui l’ombre de Poutine.

            Nahed Hattar est donc mort silencieusement, et est déjà oublié : l’indignation continue néanmoins à s’exercer sur Assad, devenu, comme Saddam et comme Milosevic (mais, comme c’est bizarre, pas le roi de l’Arabie saoudite, ni l’émir du Qatar), un abcès de fixation politico-psychologique. On s’indigne du bombardement des quartiers d’Alep tenus par l’« opposition », sans rappeler que cette opposition est noyautée par ces intenses démocrates que sont les Frères musulmans et leurs alliés d’Al Qaïda. Bachar a le tort de ne pas fuir devant ces zélotes de l’hédonisme post-moderne et de la liberté de la femme, financés par le salafisme international ; et il a tort de mener une guerre qui fasse des morts, alors que l’opposition syrienne, elle, combat sans faire d’autres victimes que les soldats syriens dont j’ai pu voir nombre d’entre eux, blessés, à Damas, en novembre dernier, sur leurs lits de l’hôpital militaire.

            Exit donc Nahed Hattar, qui a rejoint dans le martyrologe de l’oubli tant de nos frères chrétiens. Pendant ce temps, la France et les commissaires politiques de Bruxelles continuent à tenter de nous persuader que la vie avec les musulmans est possible, en Europe, alors que tout montre le contraire, depuis les attentats jusqu’aux innombrables incidents qui ont lieu, quotidiennement, dans les écoles, les hôpitaux, les entreprises, les immeubles, la rue, et qui sont pudiquement baptisés « problèmes communautaires », ou « problèmes de société », et non une guerre civile.

            Je viens de relire un opuscule de Renan, joliment publié par l’Archange minotaure : L’Islam et la science, qui avait déjà fait quelque bruit, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et où on trouve des phrases telles que celles-ci : « Les libéraux qui défendent l’islam ne le connaissent pas. L’islam, c’est l’union indissociable du spirituel et du temporel, c’est le règne d’un dogme, c’est la chaîne la plus lourde que l’humanité ait jamais portée. Dans la première partie du Moyen Âge, l’islam a supporté la philosophie parce qu’il n’a pu l’empêcher ; il n’a pas pu l’empêcher car il était sans cohésion, peu outillé pour la terreur […] Mais quand l’Islam a disposé de masses ardemment croyantes, il a tout détruit. La terreur islamique et l’hypocrisie ont été à l’ordre du jour. L’Islam a été libéral quand il a été faible ; et méchant quand il a été fort ».

            On se doute que je n’ai pour ce défroqué de Renan qu’un goût des plus modérés ; mais il connaissait bien son sujet, et il fait preuve ici d’une pénétration qui touche, pour nous, à la prémonition. Dommage que Renan ait, d’un autre côté, travaillé activement, au nom de la « Science », à la déchristianisation de l’Europe, qui fait en partie de lit de l’islam sous nos latitudes. L’islam politique est tout à la fois redevenu fort, donc conquérant, et faible, car il ne s’appuie que sur une imitation kistch ou obscène de ce que la civilisation occidentale a produit de pire : l’american way of life mondialisée. Sans le pétrole, les Arabes ne seraient qu’un peuple de pêcheurs, de nomades, de gardiens de moutons et de dromadaires ; c’est ce que, pendant la guerre civile libanaise, nombre de combattants chrétiens rappelaient, devant les prétentions du camp adverse à se proclamer « islamo-progressiste », certains ajoutant que l’islam n’est qu’une copie altérée du judéo-christianisme. Sans doute est-ce exagéré et devrait-on replacer ce point de vue dans le contexte historique ; or, il se trouve que nous sommes dans un contexte à peu près semblable, par l’incompatibilité de l’islam et de l’Occident, où la greffe ne prend pas, malgré les Islam Prides et les efforts des collabos du « vivre-ensemble » non amalgamique.*

            L’Occident oscille entre le rejet de l’islam et la soumission fataliste à l’ordre que celui-ci représente : la rencontre entre le nihilisme islamiste et le nihilisme consumériste produit le trou noir civilisationnel où choit le monde contemporain. L’islamisme de l’État islamique n’est pas un accident de l’islam politique : il en est l’application extrême, voire l’assomption, ce que propose de façon non moins exemplaire cette Corée du Nord islamique qu’est l’Arabie saoudite. Daech n’est pas un golem qui s’est inventé lui-même face à la « menace » « sioniste » et « croisée » : c’est le dernier cri, pervers et mortifère comme celui du chacal, d’un islam dont le nom est tout entier devenu signe de terreur. On est bien loin des grands mystiques de l’islam, notamment Djellal Eddin Roumi, dont Barrès allait, il y a cent ans, chercher la trace de l’enseignement sur ces mêmes terres du Levant.

* Un exemple, parmi d’autres, du rejet de cette greffe : un islamiste québécois, fils d’un Libyen et d’une Canadienne française qui avaient bien sûr divorcé, a tué il y a quelque temps un soldat canadien. Le divorce et le métissage en pays déchristianisé : voilà un des facteurs de la décomposition civilisationnelle.  La mère du djihadiste a présenté ses « excuses » à la famille du soldat : dérisoire culture de l’excuse, à tous les sens du mot, puisqu’il n’y a plus de châtiment métaphysique. En d’autres temps, la mère, se serait recluse dans le silence de la compassion, en attendant que ce soit la famille du soldat qui lui pardonne.

 

Richard Millet

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