EXCLUSIF: L'ami Gabriel Matzneff m'envoie un texte: RUMEURS DE GUERRE.

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EXCLUSIF: L'ami Gabriel Matzneff m'envoie un texte:  RUMEURS DE GUERRE.

 Rumeurs de guerre

 Bien avant que M. Trump ne fût candidat à la Maison Blanche, j’avais été horrifié par les propos de Mme Clinton à l’époque où elle était la ministre des Affaires Etrangères d’Obama. Aujourd’hui encore, lorsque j’y pense, son sinistre cri va-t-en-guerre « Les Etats-Unis ont deux ennemis, l’Iran et la Russie » me fait froid dans le dos.

Quand Jean-Marie Le Pen mettait en garde les Français contre les périls du Traité de Maastricht et les chimères de l’euro, même ceux qui à droite et à gauche partageaient son sentiment n’osaient pas le dire de peur d’être traités de complices du fascisme, de rouges bruns et autres amabilités de cet ordre. Pourtant c’était Jean-Marie Le Pen qui disait la vérité et ses adversaires des billevesées.

Il ne faut pas que ce genre d’erreur se renouvelle avec Donald Trump. A l’évidence, celui-ci a mille fois raison d’être favorable à une alliance russo-américaine, a mille fois raison de vouloir que les Etats-Unis et la Russie qui furent du même côté de la barricade lors des  Première et Deuxième guerres mondiales le soient également durant la Troisième. Ce n’est pas parce que l’original milliardaire dit sur d’autres sujets des choses qui nous déplaisent que, lorsqu’il prône des idées qui sont les nôtres, nous devons hésiter à nous en réjouir.

Français d’origine russe, slavophile, partisan depuis l’enfance de l’alliance franco-russe, c’est avec tristesse ou plutôt, soyons précis, avec dégoût que j’entends notre ministre des Affaires étrangères, M. Ayrault, répéter comme un toutou la leçon dictée par M. Obama et Mme Clinton sur le méchant Poutine, le méchant Assad et les gentils « rebelles » d’Alep ; parler de la Russie comme d’un pays ennemi contre lequel nous devons prendre de sévères mesures.

Le méchant Assad et les gentils « rebelles » d’Alep, ça ne vous rappelle rien, monsieur le ministre ? Vous avez la mémoire courte. Cette chanson syrienne, les Américains nous l’ont déjà chantée en Libye, le méchant Kadhafi et les gentils « rebelles » de Benghazi que la presse française, de droite et de gauche, décrivait comme des démocrates épris de liberté à l’occidentale. Nous savons comment cela a fini et puisque M. Ayrault semble l’ignorer, je lui conseille d’aller demander des éclaircissements à Mme Giusi Nicolini, maire de Lampedusa, elle le lui expliquera.

A gauche, Jean-Luc Mélenchon est le seul à exprimer sur la politique étrangère américaine, la Russie, la Syrie des idées véridiques. Du moins pour l’instant. J’espère, sans trop y croire, qu’Emmanuel Macron, lorsqu’il nous dévoilera les orientations qu’il donnerait, s’il était élu, à la diplomatie française, saura rompre, lui aussi, avec cette tradition d’assujettissement aux Etats-Unis qui est, en France, celle de notre lamentable social-démocratie.  

Quant à la droite, mystère et boule de gomme. Lorsque, dans les années qui suivirent la fin de la guerre d’Algérie, je faisais à Combat mes premiers pas de mousquetaire et de bretteur, la situation à droite était simple : il y avait le général de Gaulle qui incarnait la résistance à l’impérialisme américain, exaltait l’Europe de l’Atlantique à l’Oural et l’amitié franco-russe ; et puis il y avait Jean Lecanuet qui incarnait l’Europe américaine, la France aux ordres de Washington, le parti de l’OTAN. Aujourd’hui, c’est moins clair et parmi les sept candidats aux primaires de la droite nous avons du mal à discerner ceux qui, à l’Elysée, feraient leurs les principes, plus actuels que jamais, de la politique étrangère du général de Gaulle. Le débat de la semaine dernière ne nous a guère éclairés sur ce point.

Pour ne nommer que la plus jolie et le plus vieux d’entre eux, Mme Kosciusko-Morizet et M. Alain Juppé sont-ils résolus à combattre la politique belliciste de Mme Clinton ? Sont-ils déterminés à ne pas se laisser entraîner dans les guerres américaines style guerre contre la Serbie, guerre contre l’Irak ? Sont-ils convaincus que l’alliance des cabinets de Paris et de Moscou est un des nécessaires piliers de l’Europe des nations ? Si j’étais Mme Ruth Elkrief, ou M. Jean-Jacques Bourdin, ou M. David Pujadas, ce sont ces questions que je leur poserais, car ce sont les seules qui importent.  

Gabriel Matzneff

 

18 octobre 2016

 

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