"BUILD THE WALL"

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LA GRANDE MURAILLE DU PRÉSIDENT

«Il y aura un mur entre les États-Unis et le Mexique et ce sont les mexicains qui le paieront.»

Donald Trump n’a jamais varié dans sa promesse et l’a tenue dès sa première semaine de présidence, par un décret du 25 janvier 2017 enjoignant toutes les administrations concernées de se mettre au travail pour lui proposer la meilleure solution de construction de son «Mur».

Une décision imparable en droit pour la bonne raison qu’elle repose sur une loi imposant cette construction, déjà votée par le congrès en 2006, et à laquelle des grands noms démocrates s’étaient ralliés, comme l’ancien astronaute Bill Nelson (Floride), Debbie Stabenow (Michigan), Ron Wyden (Oregon) et Dianne Feinstein (Californie): «Nous devons nous battre à la frontière. Il ne fait aucun doute que la frontière est une passoire», avait-elle déclaré à l’époque. Mais le projet avorta faute de volonté politique, au-delà des quelques centaines de kilomètres construits de manière disparate.

Aujourd’hui c’est ce même parti démocrate qui dénonce «un mur de la haine», selon les termes du sénateur du New Jersey Robert Menendez, lançant cette comparaison éculée avec un nouveau mur de Berlin. En essayant d’approfondir un peu la question on découvre pourtant sans peine ce qui donne autant d’assurance à Trump dans ses certitudes de faire financer ce mur par les Mexicains.

Il y a bien sûr l’ALENA, ce fameux traité voulu par Bush père en 1992 et entré en vigueur sous Bill Clinton en 1994. Ce marché commun a effectivement créé un déficit commercial de plus 60 milliards de dollars au détriment des États-Unis, même si dans le même temps, les exportations américaines vers le Mexique passaient tout de même de 43 à 236 milliards de dollars. On sait que le secteur automobile est clairement dans le viseur de Trump, puisque désormais 1 voiture sur 5 de la zone ALENA est fabriquée au Mexique grâce à ses très bas coûts de main-d’œuvre. Tout le monde a en mémoire l’annulation par Ford d’un investissement de 1,6 milliard de dollars pour construire une usine dans l’État mexicain de San Luis Potosi (nord), après la menace de Donald Trump de taxer les constructeurs à 35 % sur leurs produits fabriqués au Mexique.

Bien sûr que le solde pour l’emploi américain dans ce secteur automobile est très négatif: Mais il ne faut pas non plus oublier qu’une sortie de l’ALENA fragiliserait aussi plusieurs millions d’emplois américains, notamment dans l’agriculture. Par exemple, qu’en sera-t-il de la production de soja qui a quintuplé ses exportations vers le Mexique depuis 1994?

Les chiffres de l’économie légale ne suffisent donc pas à justifier intégralement cette certitude de Trump, qui n’est pas du genre à bluffer sur ce sujet. En revanche, du côté de l’économie illégale les choses deviennent beaucoup plus claires. On y retrouve les immigrants clandestins et les cartels de la drogue.

Tout le monde sait que les immigrants ont été protégés au maximum par Obama et qu’Hillary Clinton s’apprêtait à amplifier cette providence. Ce qu’on sait moins c’est que le Mexique les aide le plus officiellement du monde à traverser la frontière sans papier. Il existe par exemple un «Instituto de los Mexicanos en el Exterior (IME)» une agence gouvernementale du ministère des affaires extérieures, entièrement dédiée à aider les clandestins mexicains vivant aux États-Unis, avec même un numéro d’appel gratuit.

Ce même ministère est allé jusqu’à publier un livret de 32 pages intitulé «Guide pour le migrant mexicain», expliquant aux migrants comment échapper à l’application des lois américaines et profiter notamment des fameuses «sanctuary cities». Mais on y donne aussi des conseils très pratiques comme: «marcher pendant les périodes où la chaleur n’est pas aussi intense» ou «éviter les vêtements épais car ils augmentent votre poids quand ils sont mouillés, ce qui rend difficile de nager ou de flotter»…

C’est d’ailleurs cette politique que le président Enrique Peña Nieto a très ouvertement confirmée en réponse au projet du nouveau président américain, appelant les 50 consulats mexicains ouverts au États-Unis (oui 50!) à se transformer «en véritables défenseurs des droits de migrants», en clair: à venir en aide à ses compatriotes clandestins. La première raison qui pousse les politiciens mexicains à encourager leur établissement “el Norte” c’est avant tout une manne de 25 milliards de dollars par an que les millions de Mexicains vivant aux États-Unis expédient à leurs familles restées au Mexique.

Trump pourrait justement choisir de payer sa muraille en créant une taxe spéciale sur les envois de ces «remesas », ces transferts de fonds au Mexique. Ce serait indolore pour la plupart des Américains et aurait l’avantage supplémentaire de décourager de nombreux clandestins mexicains à rester aux États-Unis.

Mais le 45e président des États-Unis a visé une autre catégorie de population nommément: «Les organisations criminelles transnationales [qui] exploitent des réseaux sophistiqués de trafic de drogue et d’êtres humains et des opérations de contrebande des deux côtés de la frontière méridionale».

Il sait parfaitement que le Mexique connaît une vraie guerre civile, qui continue de faire rage, presque en silence: au moins 200’000 morts entre 2006 et 2016 et au moins 28’000 disparus officiels. Déjà autant que celle d’Algérie, qui pourtant faisait les gros titres entre 1991 et 2002. La guerre du Mexique, dissimulée sous le nom trop facile de «guerre des Cartels» donne aussi l’impression d’une hoqueteuse série de règlements de comptes.

Il n’en est rien, c’est une vraie guerre civile qui se déroule à la frontière sud des États-Unis, avec de vraies milices suréquipées, qui se battent entre elles et avec les forces régulières de l’État. Parfaitement entraînées aux techniques de terreur, les soldats des ducs de la drogue combattent salement, très salement, à un niveau de barbarie qui n’a rien à envier aux pires pratiques de l’État islamique: décapitations, démembrements, mises en scène de tortures inimaginables. A croire que les uns et les autres ont reçu une même formation. Justement, l’une des pires de ces brigades armées du Mexique, Los Zetas, considérée par les Américains comme «le cartel technologiquement le plus avancé, le plus sophistiqué, le plus efficace, le plus violent, le plus impitoyable et le plus dangereux qui opère au Mexique», est tout simplement composé d’anciens membres d’un corps d’élite des commandos de l’armée régulière, qui désertèrent en bloc dans les années 1990 et qui furent formés… par les États-Unis. Une formation incluant notamment le déploiement rapide, la surveillance et l’intimidation.

En 2013, Obama félicitait le président mexicain pour avoir arrêté un chef de Los zêtas (Miguel Angel Trevino Morales). Il ajouta qu’il soutenait le gouvernement mexicain dans cette guerre civile mais “d’une manière qui respecte la souveraineté du Mexique”, évitant soigneusement d’ailleurs d’évoquer une extradition de Morales, alors qu’elle était demandée de longue date par la justice américaine. On sait qu’en réalité les américains n’ont pu que jouer les cartels de leur choix contre les autres. Wikileaks révéla notamment le double jeu américain avec le cartel Sinaloa, maître du jeu sur la côte pacifique et dont le trafic de drogue s’étend jusqu’à Chicago, dont il contrôle 80% du marché.

Au total, les cartels mexicains génèrent au moins 40 milliards de dollars par an de revenus aux États-Unis qu’ils blanchissent par divers moyens. Et c’est là qu’un autre cartel mérite une attention particulière, celui de Juarez, du nom cette villes frontière mythique séparée d’el Paso (Texas) par le Rio Bravo. Il aurait financé, via la société écran Monex, des milliers de cartes bancaires destinées au blanchiment principalement via les clandestins. Sauf qu’elles furent distribuées directement par le Partido Revolucionario Institucional (PRI) à l’occasion de la campagne présidentielle mexicaine de 2012, gagnée justement par son candidat Enrique Peña Nieto. De là à dire que le cartel Juarez a financé la campagne du président vainqueur, certains font le pas, comme Carmen Aristegui.

D’autant qu’en 2013, le même cartel recroise encore la route du président mexicain, cette fois dans l’allocation d’un marché public frauduleux autour d’un projet qui lui tient à cœur: «la croisade nationale contre la faim» (Cruzada Nacional Contra el Hambre). Deux sociétés Conclave et Prodasa ont empoché 25 millions de dollars par ce biais. A leur tête un membre du cartel de Juarez: Rodolfo David Avila Cordero, surnommé «El Consul», en raison de ses liens avec les hauts dirigeants du Mexique. Il s’était fait arrêté 8 ans plus tôt pour blanchiment.

En bloquant le passage terrestre le plus important d’un trafic qui voit passer plusieurs centaines de tonnes cocaïne par an, de l’héroïne dont la progression a doublé depuis 2013, sans compter moultes drogues de synthèse, Trump veut non seulement stopper la marée de l’immigration clandestine, mais aussi interférer directement dans les flux de cash des cartels de la drogue mexicains.

Entre une taxe sur la vingtaine de milliard des «remesas », et une saisie adéquate de la quarantaine de milliards générée par le trafic de drogue, Trump a effectivement des chances de financer son mur tôt au tard. Un total de 60 milliards de dollars très symbolique puisqu’il correspond au déficit créé par l’ALENA. Mais un symbole qu’autant Enrique Peña Nieto que son ami Barack Obama ont su décrypter. C’est à se demander si lors de la visite très discrète qu’a rendue Miguel Aleman Valesco, ancien membre du comité directeur du Parti de la révolution institutionnelle (PRI) et ancien gouverneur de la plaque tournante des cartels qu’est Veraver Cruz, à Obama à la Maison blanche le 19 novembre 2016, en compagnie de leur ami commun intime, le milliardaire Libano-mexicain Carlos Slim, ce sujet n’a pas été abordé?


Slobodan Despot

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